Que devient le système de santé ivoirien à l’ère du numérique ?

Publié le par Luc Kouade

Image illustrative prise sur le net.

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En Février 2016 dans un rapport présenté par la commission française « Santé Sociale », Martine Claver-Fouet traduisait son appréhension du numérique en ces termes : « les technologies numériques font partie des domaines dont les avancées de ces dernières décennies contribuent fortement aux progrès de la médecine ».  C’est donc dire que les outils numériques sont d’un apport louable au perfectionnement des systèmes sanitaires et partant à l’optimisation des prestations en matière de médecine. Cette assertion vient compléter les résolutions WHA58.28  de l’assemblée mondiale de la santé sur la cyber-santé et AFR/RC56/R8 du comité régional sur la gestion des connaissances dans la région africaine de l'OMS. Lesquelles donnent des orientations précises en matière de développement des systèmes de santé par le numérique.

 

Au cœur du monde développé, les projets d’intégration des technologies de l’information et de la communication au sein des pratiques et habitudes médicales ne sont plus qu’à expérimentation car ayant prouvé leur efficacité.  En 2014, L’ASIP-Santé, l’opérateur public français qui accompagne le développement de l’e-santé expliquait que le marché de l’e-santé participait de 12% au PIB français, attisait l’engouement de 94% des médecins et de 85% des patients. A côté de cela, l’expérimentation du Whole System Demonstrator au Royaume-Uni en 2008 révélait que la pratique de la télésanté réduisait de 15% les visites aux services d’urgence ; de 20% les admissions des patients en urgence ; de 8% les frais de santé et mieux, de 45% le taux de mortalité anglais.

 

Pour parler donc d’amélioration du niveau de vie, les outils découlant de l’innovation numérique ont démontré à bon point leur utilité en incluant cependant le domaine sanitaire qui s’est révélé comme étant l’un des secteurs les plus sensibles en matière de développement. Les pays du nord ou du moins les pays développés en s’ouvrant à l’innovation technologique, ont provoqué en leur sein de véritables bouleversements qui depuis belles lurettes en ont fait des pôles incontestés de développement comparativement aux pays africains qui subissent dans leur grande majorité « le transfert de technologie ». A cette réalité jusque-là inchangée, la Côte d’Ivoire n’échappe pas.

 

Face à la recrudescence des fameux dispositifs de télésanté ; de télémédecine et d’e-santé dont l’usage par les systèmes de santé occidentaux ont croisé l’enthousiasme tant des médecins que des patients,  le corps médical en Côte d’Ivoire s’est su en marge d’une innovation et d’une tendance à même d’accroitre les potentialités et les résultats en matière sanitaire. C’est pourquoi au quatrième trimestre de l’an 2016, l’Ordre National des Médecins ivoiriens faisait la présentation « d’E-learning santé », une plateforme d’échanges ; de partages ; et d’actualisation des connaissances médicales en ligne. C’est un espace accessible en ligne à travers des mobiles, smartphones, ordinateurs, etc. Elle est réputée pour abriter des formations dispensées via des vidéos ; des enregistrements audio et des traités en science médicale. L’intérêt de cette plateforme réside dans la formation continue des professionnels du corps médical et une initiation pointue à l’utilisation des outils numériques.

 

 Au regard de la pénurie de médecins observée en Afrique subsaharienne (0,21 médecin pour 1000 habitants, OMS), l’E-learning santé est un plus à l’optimisation des prestations en matière médicale. L’apprentissage de nouveaux procédés de consultation (téléconsultation) et de diagnostic – l’application MATIBABU en Ouganda ou l’IPhone microscope en Tanzanie par exemple -  est un facteur de rapprochement entre les professionnels de santé et leurs patients ainsi qu’un moyen palliatif aux difficultés d’aménagements en infrastructures et ressources sanitaires. 

 

En 2010, selon le rapport Bearingpoint, le gouvernement ivoirien consacrait à la digitalisation des services de santé un budget de moins de 50 millions de dollars. A ce jour,  ce chiffre est en évolution et tend à avoisiner ceux des dix premiers pays africains (la Côte d’Ivoire étant le treizième).

 

En dépit de cela, la Côte d’Ivoire, notons-le enregistre aujourd’hui un taux de pénétration acceptable en matière de télécommunication (122% selon l’AIP) mais un usage d’internet en dessous de la moyenne (22%). Pour ce qui est de la distribution des infrastructures sanitaires et du personnel soignant à travers le pays, l’on dénote une cruelle insuffisance des ressources tant en infrastructures, logistiques, qu’en personnels (un 01 médecin pour environ 10 000 patients). Aussi, l’intégration du numérique à la pratique médicale n’en est qu’à ses débuts avec à son actif des formations e-learning en médecine (Cf. E-learnig Santé) ; des systèmes d’alerte mobile ; l’utilisation des Systèmes d’Informations Sanitaires (SIS) ; le dossier médical informatisé et l’emploi des technologies d’observations aux fins de l’échographie, de la radiologie, de la microscopie ; etc.

 

Le numérique conditionne en cette ère les aptitudes évolutives de plusieurs secteurs d’activité et son adoption s’est avérée jusque-là bénéfique au regard des mutations provoquées en occident. Cependant, l’état de santé tributaire de la bonne marche de tous groupes sociaux lorsque mis convenablement à profit, a connu ces dernières décennies un essor du fait de la fusion des pratiques médicales aux techniques évoluées du numérique. Il en ressort donc au constat des exploits accomplis en France et au Royaume-Uni (cités plus haut) que l’appropriation par l’Etat ivoirien du concept de santé connectée ou e-santé serait d’une contribution à la fois quantitative et qualitative à l’amélioration du système sanitaire.

Cela dit, des efforts de formation, d’outillage et de préparations conséquentes sont requis à une réelle mutation du système de santé ivoirien. Il s’agira donc de compléter les connaissances des professionnels de santé par des modules d’initiation aux nouvelles technologies et de mettre en place des dispositions étatiques (politiques et législatives) de régulation de la cyber-santé car inexistante jusqu’à ce jour.          

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